Auteur : RIPESS Europe

La déclaration de Kandy émerge d’un moment de profonde rupture mondiale. Il s’agit d’une déclaration politique et orientée vers l’action, élaborée par des peuples et des mouvements confrontés à l’arête vive de crises multiples et interconnectées. Acclamée lors du 3e Forum mondial Nyéléni en septembre 2025 au Sri Lanka, la Déclaration répond directement aux réalités de l’escalade des guerres et des génocides, de l’aggravation de la dette et de l’austérité, de la mainmise des entreprises sur les systèmes alimentaires et de santé, de l’effondrement du climat et de l’intensification de la violence patriarcale, raciste, castéiste et autoritaire à travers le monde.

Comme le souligne Dražen, coordinateur de RIPESS Europe,  » la Déclaration de Kandy est une déclaration politique et orientée vers l’action, issue du 3ème Forum mondial de Nyéléni. Elle est le résultat d’une consultation démocratique approfondie avec les régions et les mouvements mondiaux en plusieurs étapes, acclamée par le Forum, traduite en 18 langues et présentée publiquement pour la première fois au Sommet des Peuples à Belém pendant la COP30″. Ce processus est important. La Déclaration porte la légitimité des mouvements qui ont organisé, débattu et décidé collectivement, non pas comme un exercice institutionnel, mais comme un outil de lutte.

La déclaration de Kandy désigne clairement ses adversaires. Elle s’attaque au capitalisme et à l’impérialisme en tant que systèmes à l’origine de l’accaparement des terres et de l’eau, de l’extraction minière, des monocultures industrielles, de l’aquaculture industrielle, des produits agrochimiques toxiques, de l’enfermement numérique et génétique, et de la financiarisation de la vie elle-même. Il expose comment les régimes d’endettement imposés par les institutions financières internationales privent les communautés de l’accès à la nourriture, aux soins de santé, à l’éducation, au logement et aux services publics, tout en contraignant les gouvernements à la privatisation et à l’austérité. Il rejette les solutions controversées promues par les récits de l’économie verte et bleue qui, en fin de compte, reproduisent l’extraction sous le terme à la mode de durabilité.

La déclaration prend également position sans équivoque contre la guerre, l’occupation et le génocide, en affirmant la solidarité internationaliste avec les peuples confrontés à la violence – y compris la Palestine – et en s’engageant à s’opposer à l’utilisation de la faim, de la dette et de la destruction des systèmes de santé en tant qu’armes de guerre. Il établit un lien entre le militarisme, le pouvoir des entreprises et la dégradation du climat, qui font partie d’un même système de domination.

La déclaration de Kandy appelle à la convergence des luttes des mouvements mondiaux – pour les droits des peuples et la paix, la souveraineté alimentaire et l’agroécologie, la santé pour tous, la justice climatique et énergétique, les économies féministes, solidaires et axées sur les soins, la défense des biens communs et la transformation de la gouvernance mondiale. Il s’engage à mener des actions collectives concrètes : mobilisations contre l’impérialisme et le fascisme, résistance aux monopoles des entreprises sur les semences, la terre et le savoir, soutien à des règles contraignantes pour les entreprises transnationales, et construction d’alternatives dirigées par les peuples à partir de la base.

En ce sens, la Déclaration de Kandy est un mandat politique partagé – un outil pour aligner les luttes à travers les territoires et les mouvements, et pour transformer la convergence en action coordonnée. Comme le note Dražen, il s’agit d’un appel « à la convergence des luttes des mouvements mondiaux pour les droits des peuples et la paix, la durabilité et la justice climatique, l’économie féministe et solidaire, la santé pour tous et les biens communs ». La tâche est désormais claire : il s’agit de transposer cette déclaration dans nos territoires, nos campagnes et nos alliances, et de la faire vivre par le biais d’une action collective.

Au cours du processus de travail du Forum, la déclaration a été traduite en 18 langues afin de garantir que chaque voix puisse être entendue et chaque mot partagé dans l’égalité.