Vers une Stratégie Commune pour l’ Économie sociale et solidaire en Europe – Mai 2026

Préface

En tant que porte-parole de l’économie sociale et solidaire (ESS) en Europe, RIPESS Europe présente ce document stratégique comme un cadre politique partagé pour discuter avec les initiatives et les réseaux de l’ESS dans divers contextes nationaux et régionaux. Notre objectif est de réaffirmer le potentiel de transformation de l’ESS tout en renforçant une vision commune pour un changement systémique ancré dans la solidarité, la démocratie, la transition écologique et la justice sociale.

La transformation, cependant, ne peut pas être considérée comme un concept abstrait. Le potentiel de transformation de l’ESS est historiquement et socialement situé : il évolue en fonction des conditions sociopolitiques concrètes, des relations de pouvoir et des luttes collectives. L’ESS existe au sein de la société, façonnée par des moments de crise, de résistance et de possibilités, d’opportunités et de menaces. Sa force réside précisément dans sa capacité à s’adapter, à répondre et à se réorganiser face à des réalités changeantes, sans perdre de vue ses valeurs fondamentales.

Tout au long de son histoire, l’économie sociale et solidaire a émergé comme une réponse populaire et collective aux pressions sociales, économiques et écologiques. Elle a fonctionné comme une zone de défense lorsque les communautés sont confrontées à des politiques d’exclusion, de dépossession ou d’austérité, et comme une réponse aux graves conséquences sociales et écologiques de l’accumulation de capital induite par l’économie de marché. En même temps, l’ESS a toujours été porteuse d’une dimension émancipatrice : elle remet en question les conditions produites par une économie purement commerciale et ouvre des espaces de contrôle démocratique, de coopération et de prise en charge collective.

Pour que ce rôle transformateur reste significatif, l’ESS ne doit pas perdre ses racines populaires. Il est prioritaire de rester étroitement lié à l’action sociale, aux mouvements de base et aux luttes pour la justice menées par les personnes les plus touchées par l’inégalité, l’exploitation et la dégradation de l’environnement. Historiquement, l’ESS s’est rangée du côté du plus grand nombre plutôt que du côté de quelques-uns, privilégiant les intérêts collectifs, le soutien mutuel et la solidarité plutôt que la maximisation du profit.

Maintenir la question sociale au centre des préoccupations exige une chose de plus : aller au-delà de la prise en compte des symptômes. L’ESS exige d’identifier les causes profondes et structurelles des crises sociales et écologiques, de remettre en question les institutions et les structures de pouvoir qui reproduisent l’oppression, et de s’attaquer aux règles qui régissent nos systèmes économiques. L’ambition transformatrice de l’ESS ne consiste pas seulement à créer des alternatives économiques dans le cadre existant, mais à travailler activement au changement du cadre lui-même en remodelant les normes, les institutions et les processus décisionnels en faveur de la justice sociale, de la participation démocratique et de la durabilité écologique.

Cette prise de position est délibérément ouverte et évolutive. Plutôt que de chercher à être exhaustif ou normatif, elle invite au débat, à la réflexion et à l’imagination collective. Elle propose une orientation politique pour notre réseau européen diversifié – une orientation qui peut être adaptée, contestée et enrichie à travers les territoires, les mouvements et les pratiques, alors que nous naviguons collectivement dans les changements rapides qui façonnent notre monde.

Chapitres

Introduction: Du Mouvement Altermondialiste à Aujourd’hui – un Changement d’Époque

L’économie sociale et solidaire (ESS) est née, d’une vague d’efforts populaires visant à créer des solutions ascendantes pour contrecarrer les effets néfastes du néolibéralisme, de la déréglementation et de l’érosion des économies locales et de la démocratie. Rapidement, elle est devenue un espace de construction de véritables alternatives: coopératives, réseaux de commerce équitable, organisations communautaires, monnaies locales, initiatives de souveraineté alimentaire, coopératives d’habitation, entreprises sociales, etc.

Grâce aux manifestations anti-OMC, à la résistance aux institutions financières internationales et aux espaces participatifs du Forum social mondial, l’ESS a contribué à promouvoir une culture d’auto-organisation dans l’économie, de démocratie directe sur les lieux de travail, de solidarité transfrontalière et de chaînes de commerce alternatives. Elle a défendu une approche de la mondialisation centrée sur les personnes et le local, contestant la domination des multinationales et des marchés mondiaux qui ont envahi nos vies, nos villes, notre nature, notre imagination. tion.

Aujourd’hui, les membres de Ripess Europe sont fermement convaincus que le contexte a radicalement changé. La mondialisation néolibérale, qui semblait autrefois inarrêtable, est désormais en concurrence avec la montée du néolibéralisme nationaliste, du protectionnisme, des guerres commerciales et de nouvelles formes de pouvoir des États et des entreprises. Les guerres, l’affaiblissement des institutions internationales et l’insécurité généralisée ont changé la donne. Les multinationales et les institutions mondiales continuent de façonner notre monde, mais leur influence s’exerce désormais souvent par le biais d’un contrôle direct des institutions politiques. La « paix » n’est plus une condition préalable à leur prospérité ; au lieu de cela, elles recherchent des sphères d’influence comme si nous étions à nouveau au XXe siècle.

Une Nouvelle Réalité Géopolitique: De l’Hégémonie du Marché au Retour de la Politique de Puissance

Au début des années 2000, le débat public tournait autour de la mondialisation économique, des crises financières et de la domination des institutions internationales telles que le FMI, l’OMC et la Banque mondiale. Dans ce contexte, l’économie sociale et solidaire a pris forme en réaction, un mouvement offrant des alternatives démocratiques, communautaires et durables aux échecs du capitalisme mondial.

Aujourd’hui, les débats publics et politiques sont de plus en plus marqués par des tensions politiques et géopolitiques, avec des luttes de pouvoir, des sphères d’influence et des récits de sécurité qui éclipsent les préoccupations purement économiques. Les acteurs étatiques opèrent désormais dans un paysage mondial militarisé et fragmenté, privilégiant les intérêts nationaux et recherchant de nouvelles formes de domination, renforçant ainsi le système capitaliste hétéropatriarcal et les formes autoritaires de pouvoir. Cette évolution a alimenté le protectionnisme, les agendas nationalistes et un recours renouvelé à la force.

Dans ce contexte, le rôle transformateur de l’ESS devrait également évoluer. Le pouvoir étant de plus en plus exercé par la force, le populisme et la concentration technologique, l’économie sociale et solidaire ne peut plus se contenter de se positionner avant tout comme une alternative économique. Au lendemain des grandes crises de la dette souveraine en Europe du Sud, de nombreux réseaux de l’ESS se sont concentrés, à juste titre, sur leur survie économique et la pérennité de leur organisation. Cependant, ce changement s’est souvent accompagné d’un affaiblissement relatif du discours politique et de l’imagination collective, par rapport à la période d’intensification de la mobilisation et de la politisation entre 2010 et 2015.

Dans ce contexte, l’ESS et les mouvements alliés sont confrontés à un défi stratégique: comment parler de démocratie, de durabilité et de souveraineté alimentaire lorsque le débat politique s’articule principalement autour de la sécurité nationale et des notions d’exclusion de la « souveraineté »? Pour relever ce défi, il faut non seulement coordonner les réseaux, mais aussi développer de nouveaux concepts, un langage commun et des espaces de convergence, tels que des rassemblements sectoriels et des processus collectifs, susceptibles d’impliquer des groupes sociaux plus larges, en particulier les jeunes générations, et de reconnecter l’imagination politique à l’expérience vécue.

Repolitiser l’ESS: Renforcer le Pouvoir Collectif et l’Autonomie

L’Europe, parmi d’autres problèmes, est également confrontée à une crise de la représentation politique. De nombreuses personnes se sentent déconnectées des institutions démocratiques, non représentées et désillusionnées par les processus politiques qui semblent distants ou contrôlés par les élites. Cela crée un vide qui, historiquement, permet au populisme autoritaire de prospérer, érodant la confiance et sapant la légitimité de la sphère publique.

L’économie sociale et solidaire pourrait offrir une réponse pratique lorsqu’elle est ancrée dans la démocratie au quotidien, par le biais de structures autogérées, de prises de décision coopératives et d’assemblées communautaires. L’ESS démontre qu’une participation significative est possible. Ces pratiques ont la capacité de re-politiser la vie quotidienne, en se tenant à distance des théories du complot et en montrant que la démocratie ne se limite pas aux moments électoraux, mais qu’elle peut être construite et exercée collectivement.

Alors que les institutions étatiques peuvent devenir de plus en plus technocratiques, inaccessibles ou capturées par le pouvoir central, les espaces locaux et régionaux de participation restent cruciaux. La budgétisation participative, les achats coopératifs et les assemblées de citoyens sont des points d’entrée concrets où l’ESS peut agir à la fois comme partenaire et comme catalyseur, en aidant à développer les capacités démocratiques à partir de la base plutôt qu’en s’appuyant sur une légitimité imposée d’en haut.

Pour de nombreuses personnes, en particulier les jeunes générations confrontées à un travail précaire, à l’insécurité du logement et à un avenir incertain, l’ESS pourrait offrir plus qu’un soutien politique. Elle peut créer des voies matérielles vers l’autonomie et la survie collective. En créant des coopératives d’énergie, d’alimentation et de soins, les communautés réduisent leur dépendance à l’égard de marchés volatils et d’autorités extérieures, tout en reprenant le contrôle d’infrastructures essentielles. Ces approches s’éloignent de la dépendance à l’égard des subventions et des réponses d’urgence pour s’orienter vers des systèmes durables et gouvernés collectivement.

 

Les Fondements de l’Économie Sociale Solidaire : Droits de l’Homme et Universalité

L’économie sociale et solidaire est enracinée dans la protection et l’expansion de la vie. Ses pratiques émergent de besoins sociaux concrets et du désir d’organiser les économies autour de la dignité, du bien-être et de la responsabilité collective. C’est pourquoi les droits de l’homme ne sont pas extérieurs à l’ESS en tant qu’économie humaine, mais font partie intégrante de sa finalité et de ses pratiques quotidiennes.

Dans toute l’Europe, des milliers d’initiatives contribuent au développement local, renforcent les liens sociaux, soutiennent la production locale et renforcent la résilience face aux crises économiques, écologiques et sociales. Ces efforts répondent à des besoins réels et urgents : l’érosion des services publics, la concentration du pouvoir économique, l’affaiblissement des protections sociales et l’insécurité croissante vécue par de nombreuses communautés. Lorsqu’elles sont ancrées dans la solidarité et la participation démocratique, ces pratiques renforcent la capacité des gens à façonner collectivement leurs conditions de vie. Dans le même temps, l’environnement politique plus large dans lequel l’ESS opère est marqué par un rétrécissement de l’espace civique, un creusement des inégalités et une pression croissante sur les droits fondamentaux. L’accès au logement, aux soins de santé, à l’alimentation, à la mobilité et à un travail digne est de plus en plus inégal, tandis que les frontières se durcissent et que les divisions sociales s’intensifient. Ces dynamiques nous rappellent que les alternatives économiques ne peuvent rester neutres en matière de droits et d’appartenance.

En cette période particulière, l’universalité doit être notre boussole politique. Le droit de vivre dans la dignité, de participer à la vie collective et d’accéder aux biens et services essentiels ne peut être conditionné par la nationalité, le statut juridique, le sexe, la race, l’âge ou l’origine. Les pratiques de l’ESS prennent leur sens transformateur lorsqu’elles contribuent à étendre les droits plutôt qu’à les restreindre, et lorsqu’elles renforcent les formes d’appartenance inclusives. Cette perspective est particulièrement importante lorsque l’on travaille avec des concepts tels que le développement local, la résilience des communautés, la souveraineté alimentaire et l’autonomie. Ces approches ne restent émancipatrices que lorsqu’elles sont explicitement liées à l’égalité, à l’ouverture et à la justice sociale pour tous. Détachées d’un cadre fondé sur les droits, elles risquent de reproduire les exclusions et les hiérarchies au lieu de les surmonter.

Les droits de l’homme offrent également un cadre pour comprendre le pouvoir et la responsabilité. L’érosion des droits humains et sociaux est étroitement liée à l’austérité, au travail précaire, à l’autoritarisme et à la concentration des richesses et du pouvoir de décision. Dans ce contexte, les initiatives d’ESS sont en mesure de créer des infrastructures matérielles grâce auxquelles les droits sont promulgués à partir de la base.

Construire des économies inclusives et plurielles signifie confronter les inégalités et les relations de pouvoir au sein de nos propres organisations et réseaux, y compris celles liées au genre, à la race, à la classe, au statut migratoire et aux capacités. L’universalité est une pratique collective continue qui exige la responsabilisation, la redistribution du pouvoir et la mise en avant des expériences vécues.

En ancrant les économies locales, les biens communs et les infrastructures collectives dans une perspective de droits humains, l’économie sociale et solidaire affirme une vision de la société fondée sur l’ouverture plutôt que sur l’exclusion, sur la coopération plutôt que sur la concurrence, et sur la liberté et la solidarité plutôt que sur le contrôle. Cette orientation permet à l’ESS de rester un espace d’imagination démocratique et de transformation matérielle, capable de répondre à la peur et à la fragmentation sans les reproduire.

En ce sens, les droits humains ne sont pas un pilier supplémentaire de la stratégie de l’ESS, mais le socle sur lequel reposent toutes les autres priorités : le soin, la transition écolo-gique, la souveraineté alimentaire, la participation démocratique, l’autono-mie collective. Ils constituent l’horizon qui garantit que ces pratiques restent émancipatrices et universelles.

 

L’Internationalisme des Peuples. Apprentissage, Résistance et Création au-delà des États

En s’appuyant sur ce qui précède, notre mouvement a historiquement tiré sa force de la coopération internationale. Aujourd’hui, cette tradition devrait être renouvelée, non seulement par le biais de la diplomatie institutionnelle ou d’accords formels, mais surtout par le biais de relations directes et horizontales entre les communautés, les coopératives et les mouvements sociaux.

Ce nouvel internationalisme ne consiste pas seulement à soutenir les luttes menées ailleurs, mais aussi à apprendre d’elles. Il exige de reconnaître les asymétries de pouvoir, de ressources, de mobilité et de visibilité entre les acteurs, en particulier entre l’Europe et les régions touchées par la guerre, l’occupation, les sanctions ou l’autoritarisme élu.

Sans nier la centralité des luttes syndicales, cet internationalisme va au-delà d’une identité unique et englobe les réalités multiples et croisées à travers lesquelles les gens font l’expérience de la dépossession. Il relie les personnes affectées par les frontières, les marchés, le patriarcat, les héritages coloniaux, la destruction écologique et la gouvernance autoritaire, autour d’une quête commune d’autonomie, de dignité, de soins, de contrôle démocratique des conditions de vie et d’une vision de la société fondée sur les biens communs. Dans ce cadre, la coopération entre les mouvements et les coopératives en Palestine, à Cuba, en Syrie, en Europe et dans le Sud global, aux États-Unis, devient un espace d’apprentissage politique mutuel. Les échanges de produits, de pratiques et de connaissances sont des moments de co-création qui renforcent les capacités collectives de survie, de résistance et d’imagination au-delà des logiques de l’État et du marché.

Cet internationalisme centré sur les personnes remet en question la polarisation géopolitique des superpuissances mondiales en construisant des communautés translocales fondées sur l’attention, la responsabilité écologique et les pratiques démocratiques partagées.

 

Récupérer la Culture Collective: La Solidarité comme Réponse à la Peur et à la Fragmentation

L’un des défis les plus profonds de notre époque n’est pas seulement économique ou politique, mais aussi culturel. Le capitalisme néolibéral a systématiquement démantelé les espaces partagés, affaibli les identités collectives et remplacé les liens sociaux par la compétition et la responsabilité individuelle. Dans le même temps, les États instrumentalisent de plus en plus la culture par le biais de récits nationalistes, cherchant à homogénéiser la société en promouvant des formes d’appartenance fondées sur la peur et définies par l’exclusion.

Cela crée un vide culturel. Dans ce vide s’engouffrent des projets autoritaires et nationalistes qui promettent protection, identité et sens, tout en vidant la solidarité de son contenu émancipateur. Des valeurs telles que l’attention, l’entraide, la coopération et la communauté, autrefois enracinées dans la vie collective quotidienne, ont été soit marchandisées, soit déformées pour devenir des outils de contrôle.

L’économie sociale et solidaire offre un horizon culturel différent, où la culture collective n’est pas proclamée, mais produite. Les écosystèmes d’innovation de l’ESS génèrent des significations, des habitudes et des valeurs partagées grâce à l’expérience vécue : travailler ensemble, décider ensemble et prendre soin ensemble. Ici, la culture n’est pas un patrimoine à protéger ni un récit imposé d’en haut, mais une capacité collective qui émerge d’une pratique commune.

Se réapproprier la culture collective signifie donc se réapproprier les valeurs que le capitalisme s’est appropriées et a vidées de leur substance, la solidarité, la dignité, la réciprocité, l’attention, et les réincorporer dans les pratiques matérielles. Ce processus remet directement en question la fragmentation néolibérale et l’homogénéisation nationaliste, en proposant des formes d’appartenance plurielles, ouvertes et ancrées dans la coopération et la liberté plutôt que dans l’exclusion.

Pour que l’ESS puisse jouer ce rôle, elle ne doit pas se contenter de servir uniquement les personnes déjà convaincues. Elle doit devenir une source de protection, de dignité et de puissance collective pour les personnes les plus exposées à la précarité, à l’isolement et à la peur, y compris celles qui vivent dans des territoires marqués par le chômage, l’abandon social et l’influence croissante de l’extrême droite. La solidarité, dans ce sens, n’est pas simplement une valeur ; c’est une infrastructure partagée de survie et d’autonomisation.

Mais cela signifie également qu’il faut reconnaître que la question de la classe ne peut pas être abordée uniquement par le biais de récits. Elle est ancrée dans les structures de nos initiatives: qui décide, comment le travail est organisé et comment la valeur est distribuée. Si l’ESS veut rester crédible en tant que projet de transformation, elle doit renforcer la gouvernance démocratique, les conditions de travail équitables et le contrôle réel exercé par les travailleurs et les communautés.

En s’enracinant dans les réalités quotidiennes des travailleurs et des communautés marginalisées, l’ESS peut devenir plus qu’une économie alternative. Elle peut être un espace où les communautés organisent des réponses collectives à l’insécurité et à l’exclusion, tout en construisant des alliances capables d’ouvrir la voie à une transformation sociale plus large.

L’Économie Politique Féministe et la Reproduction Sociale de la Vie

Les soins constituent le fondement de la vie quotidienne et du bien-être de la communauté. Alors que les services publics sont démantelés et que la charge de la survie est de plus en plus transférée sur les ménages, les soins sont devenus un terrain central de lutte politique. La marchandisation et l’invisibilité du travail de soins, en particulier en ce qui concerne les femmes, les migrants, les communautés racialisées et les travailleurs informels, ne sont pas des effets secondaires involontaires, mais les résultats systémiques d’un modèle économique qui externalise les coûts de la reproduction sociale.

Les soins devraient être reconnus comme un droit universel, multidimensionnel et collectif, ainsi que comme une pratique intergénérationnelle qui maintient la vie à travers le temps. Il relie les générations, les communautés et les groupes sociaux et comporte des dimensions éthiques, relationnelles et philosophiques qui vont au-delà de l’évaluation économique. L’évolution vers une société juste et durable nécessite une organisation sociale des soins fondée sur le partage des responsabilités. La garantie de ce droit dépend de la redistribution des responsabilités en matière de soins dans l’ensemble de la société, y compris les institutions publiques, les réseaux communautaires et les ménages.

Un objectif politique central de l’approche féministe est la déféminisation des soins. Si les femmes, les migrants et les travailleurs racisés sont à juste titre au centre des préoccupations en raison de leur exposition disproportionnée à l’exploitation, la réorganisation collective des soins doit également signifier la rupture de leur association historique et structurelle avec les femmes. L’économie politique féministe remet en question la division patriarcale du travail et appelle à une redistribution active des soins entre les sexes, les générations et les institutions.

L’ESS se confronte directement à ces réalités en organisant les soins collectivement et démocratiquement. Par le biais de coopératives de soins ou de systèmes atypiques, de services de proximité tels que ceux dédiés à l’accueil des enfants, de centres d’entraide, de cuisines collectives et d’initiatives de santé collective, l’ESS démontre que les soins peuvent exister au-delà de l’exploitation du marché et du contrôle autoritaire de l’État. Ces initiatives fonctionnent comme des infrastructures essentielles de résistance et d’autonomie, transformant la dépendance en interdépendance et la vulnérabilité en responsabilité partagée.

La mise en place de telles structures nécessite le développement d’initiatives collectives visant explicitement à améliorer les conditions de travail du personnel soignant et à renforcer les communautés les moins privilégiées. Une collaboration significative avec les femmes et les travailleurs migrants du secteur des soins est essentielle pour garantir que les systèmes de soins répondent aux réalités vécues et redistribuent le pouvoir au sein du secteur. Dans le même temps, les initiatives d’ESS peuvent contribuer à un changement culturel et structurel en promouvant le partage des responsabilités, en encourageant la participation des hommes et de tous les sexes au travail de soins et en remettant en question les normes économiques, organisationnelles et culturelles qui reproduisent les divisions sexuées du travail à la fois au sein des ménages et dans les dispositifs de soins collectifs.

Enfin, dans une perspective d’économie politique féministe, les questions d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée doivent également être recadrées. La conciliation du travail et de la vie doit être comprise comme une question de responsabilité collective, liée au travail décent, à la réduction du temps de travail, à la redistribution des tâches de soins et au droit au temps pour la vie, la communauté et la participation démocratique.

Une économie des soins durable dépend en outre de conditions structurelles plus larges, y compris la justice fiscale et la redistribution. En ce sens, les soins apparaissent comme un bien commun, fondé sur la dignité, la proximité, l’économie féministe et la gouvernance démocratique, et comme un pilier central de tout projet social et économique transformateur.

Justice Environnementale et Rôle Écologique de l’ESS

La crise climatique n’est plus un risque lointain. Ses effets – incendies de forêt, sécheresses, pauvreté énergétique, insécurité alimentaire et effondrement des écosystèmes – sont ressentis quotidiennement, avec un impact maximal sur les personnes déjà marginalisées. Alors que les institutions européennes définissent souvent la transition écologique en termes de « croissance verte » et d’incitations du secteur privé, la logique extractive sous-jacente reste inchangée.

Ces impacts révèlent également des lacunes critiques en matière de préparation et de réponse collective. Les communautés sont de plus en plus exposées aux catastrophes, aux incendies, aux inondations, aux vagues de chaleur, alors que les capacités publiques de prévention, de réponse et de récupération restent limitées ou inégalement réparties, laissant les plus vulnérables absorber les conséquences.

L’ESS reconnaît que les racines de la crise climatique sont les mêmes que celles qui minent la démocratie, l’égalité et la solidarité. Faire progresser la justice environnementale, c’est aussi faire progresser la justice sociale. Les pratiques communautaires de l’ESS – telles que l’agroécologie, les projets d’économie circulaire, les coopératives énergétiques et les réseaux de réparation – prouvent qu’une véritable transition est possible lorsqu’elle est fondée sur la propriété partagée et la gouvernance démocratique.

Ces pratiques sont particulièrement importantes dans le système alimentaire, où les agriculteurs sont confrontés à une précarité croissante, à une baisse de leurs revenus et à une dépendance de plus en plus grande à l’égard de marchés volatils. Le renforcement de la souveraineté alimentaire par l’agroécologie et les structures coopératives est essentiel pour garantir à la fois la durabilité écologique et des moyens de subsistance dignes pour ceux qui produisent la nourriture.

L’ESS doit résister à l’idée d’être utilisée comme un outil pour un capitalisme vert compétitif. Au contraire, elle devrait s’exprimer en tant que force transformatrice pour la justice climatique, en nous rappelant que surmonter la crise climatique nécessitera une imagination collective et un changement systémique, et ne doit pas être laissé à la financiarisation et aux solutions du marché.

En tant que réseau mondial, le RIPESS a un rôle clé à jouer dans l’extension de ces approches au-delà des frontières nationales et européennes, en construisant des collaborations avec des mouvements, des communautés et des territoires à travers les régions affectées par l’effondrement écologique, l’extractivisme, et l’injustice climatique.

Autonomie Institutionnelle et Durabilité: L’Avenir de l’ESS

Pour que l’économie sociale et solidaire reste résiliente, elle a besoin de structures de soutien solides qui préservent son autonomie. Trop dépendre des financements publics ou s’adapter aux pressions du marché peut affaiblir la mission transformatrice de l’ESS. En particulier aujourd’hui, alors que l’Europe réoriente ses ressources vers la militarisation et la sécurité, les initiatives communautaires risquent de perdre l’accès au soutien et à l’attention du public.

Dans ce contexte, l’autonomie institutionnelle est indissociable de l’échelle économique et du pouvoir collectif. Sans augmentation du volume économique et de la capacité de circulation de l’ESS, l’autonomie risque de rester symbolique plutôt que matérielle.

L’ESS doit protéger son indépendance en tant qu’acte de résistance civile. En sauvegardant les infrastructures de paix, de soins et de coopération, elle peut maintenir un espace de solidarité et d’action démocratique, même si les priorités publiques changent.

Cela nécessite également un cadre théorique fort et indépendant, un cadre qui articule l’ESS comme un projet sociopolitique à part entière, plutôt que comme un secteur complémentaire ou un instrument politique au sein des systèmes économiques dominants.

Défendre la Liberté de Circulation et d’Appartenance. L’ESS contre les Politiques Anti-migratoires

La montée de la rhétorique anti-migrants et des politiques d’exclusion est devenue une caractéristique essentielle du climat politique actuel en Europe. Les migrants, les réfugiés et les minorités racialisées sont souvent rendus responsables de crises qu’ils n’ont pas provoquées, confrontés aux frontières, à la détention et à l’érosion de leurs droits.

Au-delà de la prestation de services et de l’inclusion économique, l’économie sociale et solidaire a un rôle crucial à jouer dans la remise en question des récits dominants qui présentent les migrants et les réfugiés comme des étrangers, des menaces ou des invités temporaires, même lorsqu’ils vivent, travaillent et contribuent à la vie de leur communauté depuis des années.

Les discours systémiques des médias et la rhétorique politique dépeignent de plus en plus la migration sous l’angle de l’invasion, de la sécurité et de la pénurie, occultant les causes structurelles des déplacements et légitimant les politiques d’exclusion.

Les initiatives d’ESS peuvent contribuer activement à transformer ce récit en rendant visibles les pratiques quotidiennes de coopération, d’assistance et de vie partagée. En reconnaissant les migrants non pas comme des bénéficiaires, des envahisseurs ou des victimes, mais comme des co-créateurs, des travailleurs et des décideurs, l’ESS affirme l’appartenance comme une condition sociale et politique plutôt que comme un statut juridique ou ethnique. Ce faisant, l’ESS aide à recadrer la migration comme une réalité vécue d’interdépendance, de contribution et de mise en commun, en opposant aux récits fondés sur la peur, des pratiques de solidarité, de dignité et de responsabilité collective.

L’ESS a un rôle vital à jouer pour contrer ces tendances. Ses pratiques et ses principes remettent en cause l’exclusion en créant des espaces où chacun, indépendamment de son origine ou de son statut, peut participer, travailler et appartenir à la société. Dans toute l’Europe, les exemples concrets abondent : coopératives de soins dirigées par des femmes qui fournissent des emplois et des services, cuisines communautaires gérées par des migrants, cliniques solidaires et coopératives de logement qui protègent les familles de l’exploitation par le marché.

Gouverner aux Racines du Changement: Le Rôle de l’ESS

L’économie sociale et solidaire (ESS) offre des moyens pratiques de concevoir et de mettre en œuvre des politiques sociales démocratiques, participatives et enracinées dans l’expérience vécue. Dans des contextes où les institutions publiques peuvent sembler distantes, bureaucratiques ou déconnectées des réalités quotidiennes, les initiatives d’ESS peuvent aider à reconnecter l’élaboration des politiques avec les besoins de la communauté par le biais de pratiques de co-gouvernance, d’appropriation collective et de responsabilité à partir de la base. Plutôt que de positionner l’ESS principalement comme un partenaire de mise en œuvre des politiques publiques, son rôle peut également être compris comme un espace d’expérimentation et d’innovation sociale, et comme un espace permettant d’approfondir les processus démocratiques et participatifs où les communautés développent des solutions, des services et des formes de solidarité qui répondent directement aux besoins locaux, tout en permettant aux voix les plus inaudibles d’être entendues. Ce faisant, les acteurs de l’ESS créent des voies alternatives pour la protection sociale, l’émancipation, les soins et la participation économique qui peuvent inspirer des changements institutionnels plus larges.

Lorsque les conditions le permettent, des passerelles constructives avec les autorités publiques peuvent émerger. L’accès à des cadres publics favorables, tels que des instruments de financement spécifiques, des mécanismes coopératifs et sociaux de passation de marchés ou l’utilisation partagée d’infrastructures et d’espaces publics, peut renforcer ces initiatives et étendre leur impact. De telles collaborations sont plus significatives lorsqu’elles respectent l’autonomie des acteurs communautaires et permettent un apprentissage mutuel plutôt que de reproduire des relations hiérarchiques.

En ce sens, l’ESS peut contribuer à remodeler la politique sociale en permettant aux communautés de co-concevoir des services, d’organiser des réponses collectives aux défis sociaux et d’ouvrir de nouveaux canaux de dialogue entre les citoyens et les institutions. Des expériences telles que les marchés publics coopératifs, les services gérés par les communautés et les partenariats ancrés localement illustrent le fait que les politiques publiques peuvent évoluer par le biais d’une responsabilité partagée et d’une coopération négociée, plutôt que par une gouvernance purement descendante.

Cette perspective n’implique pas un retrait des institutions publiques, ni un alignement inconditionnel sur celles-ci. Au contraire, elle reconnaît l’ESS comme un domaine capable de générer des pratiques, des alliances et des pressions susceptibles de transformer progressivement la gouvernance elle-même. Lorsque des opportunités se présentent par le biais de gouvernements locaux progressistes, de processus participatifs ou de fenêtres politiques, la collaboration peut devenir un moyen de faire progresser des formes de politiques publiques plus démocratiques, redistributives et socialement fondées.

 Les Secteurs de l’ESS: Là où la Transformation se Produit

L’économie sociale et solidaire devient véritablement transformatrice lorsqu’elle se concentre sur des secteurs clés essentiels à la vie quotidienne – soins, alimentation, logement, énergie, eau et production locale. Ces domaines ne sont pas de simples champs économiques ; c’est là que s’exerce le pouvoir, que se renforcent les inégalités et que se détermine la répartition des richesses.

Lorsque l’ESS intervient dans ces secteurs par le biais de coopératives, de services communs, de marchés solidaires et d’infrastructures communautaires, elle remet en cause les systèmes d’exploitation à la racine. Ce travail permet d’abandonner les modèles axés sur le profit au profit de la propriété collective, d’une redistribution équitable et d’une taxation juste qui soutient les biens publics et communs. Il contribue également à briser les divisions sexistes du travail, à soutenir le travail digne et à faire de l’économie un outil de justice sociale.

Ancrer l’ESS dans ces secteurs signifie soutenir la production locale et le contrôle des ressources par la communauté. Cela permet de réduire les dommages écologiques et la dépendance à l’égard des chaînes d’approvisionnement mondiales qui exploitent les ressources, et de construire des économies organisées autour de l’attention, de l’égalité et de la responsabilité démocratique. Ces pratiques ne sont pas de simples solutions techniques, ce sont des actes politiques qui renforcent la durabilité, la souveraineté des communautés et le bien-être collectif.

Se Réapproprier les Biens Communs et Dépasser la Croissance

Les crises urgentes auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui – écologiques, sociales et démocratiques – ne peuvent être résolues par un modèle économique axé sur la croissance, l’accumulation et l’extraction sans fin. Même avec de nouvelles appellations comme « croissance verte », l’approche dominante privilégie toujours le profit et l’expansion.

L’ESS ouvre la voie à un avenir différent. Au lieu de la croissance pour elle-même, elle met l’accent sur des économies construites autour du bien-être, de l’attention et des limites écologiques. Elle s’aligne sur les mouvements post-croissance et de sobriété, en particulier dans le Nord global, qui appellent à réduire la production et la consommation nuisibles et à se concentrer sur la redistribution, les soins et le contrôle démocratique.

En même temps, l’ESS aide à faire revivre les biens communs en tant que projet moderne,organiser les ressources comme la terre, l’eau, le logement, les soins et l’infrastructure numérique par le biais d’une gouvernance collective et d’une responsabilité partagée. La récupération des biens communs est une stratégie tournée vers l’avenir pour résister à la fois à l’exploitation du marché et au contrôle rigide de l’État. En période de crise écologique et de dérive autoritaire, les approches fondées sur les biens communs permettent aux communautés de gérer les ressources essentielles, renforçant ainsi la démocratie et la résilience.

En défendant une vision post-croissance fondée sur les biens communs, l’ESS élargit ce qui est possible en Europe aujourd’hui. Elle montre que le bien-être dépend de l’attention, de la localisation et de la gestion collective, et non d’une expansion sans fin. Cette approche relie l’économie féministe, la justice environnementale, la souveraineté alimentaire, l’attention et la démocratie en tant qu’éléments interconnectés d’une transformation partagée

Communication et Narration: Construire un Nouvel Imaginaire Culturel

L’ESS doit raconter des histoires qui rendent la solidarité tangible et visible – en partageant des exemples clairs qui contrent la peur et la rhétorique populiste. Il est essentiel de redéfinir le « développement » en termes de bien-être social et d’égalité, plutôt qu’en termes de croissance économique. Mais la communication va plus loin : il s’agit de remettre en question le « bon sens » du néolibéralisme, qui considère les marchés comme naturels et les soins comme une responsabilité privée.

Dans le même temps, l’ESS doit faire face à un risque majeur : elle est encore souvent perçue comme un projet de classe moyenne (du moins en Europe), déconnecté des travailleurs, des emplois faiblement rémunérés et des réalités quotidiennes de la classe ouvrière. Pour renforcer le mouvement, il faut explicitement nommer et combler ce fossé, non pas en parlant de la pauvreté d’en haut, mais en ancrant les récits et les pratiques dans les expériences et les luttes de la classe ouvrière qui affectent de nombreux acteurs de l’ESS.

En partageant d’autres façons de penser et de s’organiser, l’ESS montre clairement que d’autres mondes sont déjà en train de se construire, à travers des systèmes alimentaires communautaires, des projets de soins féministes, des coopératives dirigées par des migrants et des biens communs écologiques. Il ne s’agit pas d’expériences marginales, mais de la preuve vivante que la solidarité et la responsabilité collective fonctionnent dans la pratique.

Ces histoires doivent être construites à partir de la pratique vécue. Plutôt qu’un discours abstrait ou trop intellectuel, le travail narratif doit partir d’expériences réelles, de contradictions et de limites, en reconnaissant que les acteurs de l’ESS ne sont pas toujours cohérents dans la pratique, tout en restant fidèles à un horizon éthique partagé de cohérence et de transformation.

L’intégration de ces récits dans la culture publique aide l’ESS à se réapproprier l’imaginaire en tant qu’espace d’espoir et de changement.

Ce processus doit être collectif et relationnel : les récits doivent être cocréés bras dessus, bras dessous avec les praticiens, les travailleurs, les membres de la communauté, les jeunes et les artistes, plutôt que d’être prononcés en leur nom. Les associations culturelles de jeunes, les artistes de base et les médias communautaires peuvent jouer un rôle clé dans la traduction des valeurs de l’ESS en expressions culturelles accessibles, émotionnelles et politiquement fondées.

Alliances Stratégiques: Construire un Nouveau Bloc Social

L’économie sociale et solidaire ne peut pas créer un changement systémique seule. Une véritable transformation dépend de la construction d’alliances solides entre différents mouvements – justice climatique, féminisme, biens communs, droits du travail, droits culturels, souveraineté alimentaire, démocratie et décolonisation. Le défi consiste à aller au-delà de la coopération à court terme et à tisser des relations durables qui permettent d’affronter ensemble l’autoritarisme, le néolibéralisme et l’effondrement écologique.

Cela signifie qu’il faut engager un dialogue et une action commune à l’intérieur et à l’extérieur des institutions, et travailler à l’élaboration de plates-formes unifiées pour la lutte collective. Au sein de ces alliances, il est également essentiel de nourrir nos propres mouvements en renforçant la responsabilité et l’attention, en s’attaquant aux oppressions internes telles que le patriarcat et le racisme, et en faisant de la place à toutes les identités et à toutes les expériences.

Le financement de ces convergences nécessite de nouvelles stratégies, telles que des modèles financiers contrôlés par les communautés, des banques coopératives, des fonds dirigés par des autochtones et des monnaies solidaires, qui fournissent le soutien juridique, technique et financier nécessaire à l’autonomie. Les alliances doivent également dépasser les frontières traditionnelles, notamment en renforçant les liens avec les mouvements de travailleurs et les syndicats. Il est essentiel de relier l’ESS et les mouvements syndicaux pour s’attaquer aux inégalités, aux droits du travail et à la solidarité rurale-urbaine, et pour ancrer l’ESS dans un bloc plus large en faveur d’un changement systémique.

 

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Mai 2026

RIPESS Europe | Cadre stratégique 2026
Élaboré et publié par le Cercle Stratégie de RIPESS Europe
Édition et coordination : Georgia Bekridaki, Dock | Social Solidarity Economy Zone (Grèce), Ripess Coordination Committee
Conception graphique par Sofia Melissourgou, Dock | Social Solidarity Economy Zone