Avec près de 170 participants, et des débats d’une grande densité, le colloque “Europe & ESS, l’heure est venue !” est une réussite et un fort encouragement à poursuivre le travail engagé.

Une matinée dense a permis de dresser le paysage de la question de l’économie sociale et solidaire au niveau européen. La présentation d’une cartographie réalisée pour mettre en évidence les différentes approches de l’économie sociale et solidaire dans les différents pays de l’Union, la présentation du rapport du groupe d’experts auprès de la Commission Européenne, les témoignages de collectivités impliquées dans des projets d’économie sociale et solidaire à dimension ou financements européens, l’intervention de RIPESS Europe (voir ici) et enfin des paroles fortes d’experts sur ces questions et de la représentante de la Commission, Ulla Engelmann et d’une parlementaire européenne, Marie-Christine Vergiat, ont permis de poser l’ensemble des enjeux autour de ce sujet.

Un déjeuner assuré par plusieurs traiteurs de l’économie solidaire et dans un espace qui présentait différents projets européens a permis une poursuite des échanges.

L’après-midi s’est organisé autour de 4 ateliers pour creuser les enjeux du matin et permettre des échanges avec l’ensemble des participants à partir de témoignages plus concrets : marchés publics responsables, transition écologique, co-construction et communs, montage d’un projet européen.

De cette journée coorganisée par le RTES et REVES et de tous ces échanges ressortent les constats, enjeux et perspectives suivantes :

Incontestablement, l’ESS s’installe dans le paysage européen et la dimension européenne s’installe dans le paysage de l’ESS : rapport du GECES, du Conseil économique et social européen, mise en place d’une taskforce, progrès dans la connaissance et reconnaissance de la diversité des acteurs et des approches, idée d’un observatoire, projets ESS financés par des fonds européens, etc. L’économie sociale et solidaire n’est plus une inconnue dans le paysage européen.

Une confirmation si besoin en était de l’indispensable connexion ou prise en compte de la dimension européenne pour mener des politiques en faveur de l’ESS. Cela passe bien sûr par les financements européens, mais pas seulement. La question de la prise en compte juridique et législative au niveau européen est tout aussi importante, y compris au niveau des collectivités ; les régimes d’aide et de soutien des projets dépendent directement de cette règlementation. Et enfin, les échanges entre pays, les projets de coopération sont d’excellents vecteurs ou accélérateurs d’ESS : prendre conscience que les problématiques sont souvent les mêmes au-delà des frontières, ne pas ré-inventer l’eau chaude dans son coin, se dire qu’on va s’inspirer d’un projet vu dans un territoire étranger est souvent très motivant pour développer et faire avancer un projet sur son propre territoire.

Le développement de l’ESS passe par un projet politique européen fort, par une Europe solidaire forte ; l’Europe n’est pas qu’un tiroir caisse, qu’un fond de financement, c’est avant tout une volonté de faire ensemble, de repenser l’idée de coopération.

Confirmation aussi que l’ESS dans ses valeurs, avec ses acteurs, dans son organisation porte de nombreuses réponses aux défis qui s’imposent à l’Europe : gouvernance démocratique, transition écologique, repenser l’intérêt général, repenser l’idée de service public, penser la reconnexion entre économie et enjeux sociaux, entre économie et distribution des richesses. Ce sont souvent des enjeux auxquels les projets concrets de l’ESS apportent des réponses.

L’annonce d’un socle des droits sociaux qui peut créer une voie intéressante pour l’ESS.

Des enjeux qui se confirment donc et une évidence de la place de l’ESS au niveau européen qui s’impose comme une évidence…

Pour autant et au delà de ces constats porteurs d’espoirs réaffirmés comme des évidences, tout n’est pas si rose ou simple…

La difficulté pour reconnaître la diversité des approches persiste, étayée par des acteurs qui ont du mal à se mettre d’accord et démultipliée par les questions de traduction et d’acception sémantique ;

Des fonds européens nationaux (fonds structurels) qui restent d’un accès complexe et une demande de simplification qui persiste à ne pas voir le jour ;

Une culture des institutions européennes ou du projet européen qui reste à développer chez de nombreux élus ;

Une Europe qui prend conscience du besoin de ré-équilibrage de sa politique avec un versant plus social mais qui peine à reconnaître l’ESS dans l’ensemble de ses politiques.

Synthèse de Patricia Andriot, vice-présidente du RTES et membre du GECES

 

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Voir aussi:

Programme du colloque

Présentation de la cartographie des acteurs de l’ESS par Nadine Richez Battesti, chercheuse à l’Université Aix Marseille.

Retrouvez l’étude du RTES réalisée en partenariat avec l’Avise intitulée “Etat des lieux de la mobilisation des programmes et financements européens en faveur de l’ESS en France”.

Retrouvez le storify des tweets marquants de ce colloque #ESSEurope.

Emission “On n’est pas sorti de l’Europe” d’Euradiolille en direct du colloque.