Auteur : RIPESS Europe
Le troisième Forum mondial de Nyéléni à Kandy, au Sri Lanka, a marqué un moment décisif dans le voyage collectif vers la transformation systémique. Réunissant des paysans, des peuples autochtones, des travailleurs, des femmes, des migrants, des militants du climat et de la santé, ainsi que des praticiens de l’économie solidaire du monde entier, le forum a réaffirmé une vérité puissante : la souveraineté alimentaire n’est pas une demande sectorielle, mais un projet politique ancré dans la solidarité, la justice et l’attention au niveau mondial.
Au cœur de cette convergence se trouve le Programme d’action politique commun (PAPC), une feuille de route collective élaborée pendant près de deux ans par le biais de consultations locales dans toutes les régions. Le CPAA ne se contente pas de proposer des solutions politiques. Au contraire, il confronte les crises interconnectées du capitalisme, du colonialisme, du patriarcat, du racisme et de la mainmise des entreprises à une vision partagée de la démocratie populaire, de la paix, de la souveraineté alimentaire, de l’agroécologie, de la santé, de la justice climatique et des économies centrées sur l’être humain. Structuré autour de qui nous sommes, pourquoi nous agissons, ce que nous cherchons à transformer et comment nous allons avancer ensemble, le CPAA est conçu comme une boussole politique vivante pour les mouvements sur le terrain.
L’un des points forts de ce processus a été l’approfondissement des alliances au-delà des frontières traditionnelles du mouvement pour la souveraineté alimentaire. Le RIPESS joue un rôle important dans cette expansion. En rejoignant le processus de Nyéléni en tant qu’acteur à part entière du mouvement, le RIPESS a contribué à placer clairement l’économie solidaire au centre politique du débat. Depuis des années, le RIPESS et ses membres affirment que la souveraineté alimentaire ne peut être atteinte sans transformer l’économie elle-même. À Kandy, cette perspective a trouvé un écho important : l’économie solidaire a été reconnue non seulement comme un ensemble d’alternatives, mais aussi comme une méthodologie ascendante visant à reconstruire la vie économique autour de la coopération, de l’attention, du contrôle communautaire et de l’équilibre écologique.
La participation du RIPESS au Comité de pilotage et à sa délégation mondiale diversifiée a renforcé l’idée que la transformation des systèmes alimentaires peut catalyser un changement systémique plus large. En reliant la souveraineté alimentaire à l’économie féministe, au travail de soins et à la propriété collective, le RIPESS a contribué à ancrer le CPAA dans des alternatives pratiques et vécues qui sont déjà en train d’être construites dans des territoires du monde entier.
Les organisations féministes ont réaffirmé qu’il n’y a pas de souveraineté alimentaire sans féminisme, soulignant comment les luttes quotidiennes des femmes et les économies de soins soutiennent la vie tout en résistant à l’extractivisme et au capitalisme vert. Les dirigeants autochtones ont rappelé au forum que la souveraineté alimentaire est indissociable de la terre, de la culture et de l’autodétermination, et que la solidarité doit se traduire par un soutien concret aux droits des autochtones. Les mouvements de migrants ont montré comment les systèmes alimentaires des entreprises dépendent de l’exploitation et du déplacement, tout en montrant que les sites de production alimentaire sont des espaces de résistance et de dignité. Les mouvements de santé, les réseaux de justice climatique et les syndicats ont chacun apporté leurs réalités à l’analyse collective, renforçant ainsi le caractère intersectionnel du CPAA.
La déclaration de Kandy et le prochain CPAA marquent le passage de la convergence à l’action coordonnée. Ils appellent les mouvements non seulement à résister à l’oppression, à la guerre, à la dette et au pouvoir des entreprises, mais aussi à construire activement les alternatives qui rendront un autre monde possible.
Cette édition de la lettre d’information de Nyéléni partage une sélection des points forts du forum, en reprenant plusieurs des perspectives des participants. Comme l’indique la déclaration de Kandy : À travers toutes les diversités que nous représentons, pour renforcer nos luttes, nous élevons nos voix ensemble, en déclarant : Transformation systémique, maintenant et pour toujours.
La déclaration de Kandy est une déclaration politique et orientée vers l’action, issue du 3ème Forum mondial de Nyéléni qui s’est tenu en septembre au Sri Lanka. La déclaration est le résultat d’une consultation démocratique approfondie avec les régions et les mouvements mondiaux lors de plusieurs cycles approuvés par le Forum. Elle est traduite en 18 langues et a été présentée publiquement pour la première fois lors du Sommet des Peuples à Belem pendant la COP30 en novembre de cette année. La Déclaration de Kandy est un appel à la convergence des luttes des mouvements mondiaux pour les droits des peuples et la paix, la durabilité et la justice climatique, l’économie féministe et solidaire, la santé pour tous et les biens communs.
Vous pouvez lire la déclaration de Kandy ici.
Voir également cet article sur le prochain CPAA Nyéléni« Participation, pédagogie et processus Nyéléni« .







