Auteur : RIPESS Europe

L’Assemblée générale 2025 du RIPESS Europe, qui s’est tenue à Bordeaux les 1er et 2 novembre, a eu lieu à un moment où de nombreuses initiatives d’économie sociale et solidaire (ESS) ressentent la pression de la création d’une stratégie qui pourrait relever les défis actuels. Dans toute l’Europe, les projets se multiplient sur le terrain, mais les financements se font plus rares, les espaces publics se réduisent et de nombreux discours « sociaux » et « verts » sont absorbés par les modèles économiques habituels. Face à ces problèmes, l’Assemblée a été l’occasion de faire une pause et de clarifier ce que le RIPESS Europe est là pour faire et comment, afin de conserver son identité transformatrice et les éléments qui rendent le réseau efficace pour la visibilité de l’ESS et utile pour ses membres.

Une compréhension commune a rapidement émergé : RIPESS Europe doit agir à la fois comme un réseau de partage d’expériences, mais aussi comme un acteur, afin que son travail ait un sens et un impact dans différents contextes nationaux. Son rôle est d’aider à connecter les gens, de renforcer l’action collective et de donner à l’ESS une voix plus claire aux niveaux européen et international. Il en est ressorti une conclusion importante : si les pratiques de l’ESS se développent partout, elles restent fragiles lorsqu’elles demeurent isolées. Sans histoires partagées, sans coordination et sans stratégie à long terme, de nombreuses initiatives peinent à durer ou à influencer les grandes décisions. C’est pourquoi l’Assemblée a souligné la nécessité d’une stratégie claire en matière d’ESS, qui présente l’économie solidaire non seulement comme un ensemble de projets locaux, mais aussi comme une manière d’organiser la vie économique autour de la coopération, de l’attention et du contrôle des personnes.

L’une des principales décisions prises à Bordeaux a été de confirmer le nouveau modèle de gouvernance sociocratique de RIPESS Europe. Concrètement, cela signifie que le réseau est organisé en quatre cercles principaux – Ecosystèmes, Reconnaissance, Construction du mouvement et Fondations de l’ESS – soutenus par des cercles fonctionnels pour la gouvernance, les finances, la communication et la stratégie. L’objectif est simple : mieux répartir les responsabilités, clarifier la prise de décision et éviter la surcharge de quelques personnes. Les participants ont également proposé de nommer une personne de confiance dans chaque cercle afin d’aider à gérer les tensions à un stade précoce et de maintenir une collaboration saine.

Le cercle des fondations de l’ESS a fait état de progrès importants dans la mise au point de deux outils clés. Le premier est un ensemble de lignes directrices pour la recherche non extractive, qui s’oppose aux pratiques de recherche qui s’approprient les connaissances des communautés sans leur donner grand-chose en retour. Ces lignes directrices ont déjà été présentées publiquement et ont reçu un accueil favorable. La seconde est une Charte de principes renouvelée de RIPESS Europe, avec un vocabulaire commun, tout en soulignant des idées telles que les biens communs, l’agroécologie, les biens communs numériques et énergétiques, et les soins. Les membres ont convenu que la charte devait rester lisible et être étayée par des exemples concrets tirés de la pratique.

Les discussions sur la stratégie ont été parmi les plus dynamiques de l’Assemblée. Les participants ont convenu que l’ESS ne devait pas être présentée uniquement comme une façon alternative de faire des affaires, mais comme un espace où les gens apprennent, s’organisent et reprennent le contrôle de certains aspects de leur vie. Les participants ont clairement mis en garde contre la tentation de se laisser entraîner dans les récits du « capitalisme vert ». Au contraire, les membres ont mis l’accent sur des questions telles que la justice fiscale, la finance, l’égalité des sexes, le dialogue intergénérationnel, la paix et la confiance, autant de domaines dans lesquels l’ESS peut offrir de réelles alternatives. Enfin, tous les membres ont convenu que nous devrions renforcer l’autonomie financière et la solidarité internationale, y compris les partenariats au-delà de l’Europe, a été identifiée comme essentielle pour l’indépendance et l’impact à long terme du réseau.

En ce qui concerne les alliances, l’Assemblée a adopté une approche réaliste et sélective. Le processus de Nyéléni a été mis en avant comme un espace clé où le RIPESS Intercontinental contribue à des conversations plus larges sur le changement systémique, aux côtés de la souveraineté alimentaire, de la justice climatique et des mouvements féministes. Les membres ont noté que la Déclaration de Kandy a déjà été publiée et que le prochain Programme d’action politique commun (CPAA) offrira des orientations concrètes pour un travail commun. Dans le même temps, la relation avec le Forum mondial de l’économie sociale (GSEF) a été ouvertement discutée comme un défi. Les participants ont souligné les problèmes liés à l’inclusion, à la reconnaissance et à la mise à l’écart des voix des jeunes, et ont convenu que les attentes et l’engagement devaient être réévalués. Au niveau européen, ECOLISE et GEN Europe ont été confirmés comme des partenaires importants, notamment en ce qui concerne la politique alimentaire, le logement, l’engagement des jeunes et les initiatives communautaires. La coopération avec Social Economy Europe a été accueillie avec prudence, sachant que les cadres politiques actuels au niveau de l’UE restent fragiles.

L’espace d’intercoopération a identifié des domaines concrets de travail commun pour la période à venir : la souveraineté alimentaire, les monnaies locales et complémentaires, la résilience des communautés, la communication et l’éducation. L’indépendance financière est également revenue à plusieurs reprises, avec des appels à réduire la dépendance au financement de projets à court terme et à explorer des outils financiers partagés.

L’Assemblée a accueilli deux nouveaux membres – La Main Foncière Coop (France) et Verbund Kooperatives Wirtschaften – Social Solidarity Economy Germany – et a confirmé Ruby van der Wekken et Dražen Šimleša en tant que représentants du RIPESS Europe auprès du RIPESS Intercontinental.

Dans l’ensemble, l’AG de Bordeaux a permis de gagner en clarté, en connexion et en intentionnalité, afin de renouveler le sens et la pertinence de nos actions dans le contexte actuel de crises multiples qui se chevauchent.