{"id":340744,"date":"2025-06-17T10:26:37","date_gmt":"2025-06-17T08:26:37","guid":{"rendered":"https:\/\/ripess.eu\/le-droit-de-voir-les-choses-en-commun\/"},"modified":"2025-06-23T14:41:27","modified_gmt":"2025-06-23T12:41:27","slug":"le-droit-de-voir-les-choses-en-commun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ripess.eu\/fr\/le-droit-de-voir-les-choses-en-commun\/","title":{"rendered":"Le droit de voir les choses en commun"},"content":{"rendered":"<p><em>Article de Ruby van der Wekken, RIPESS Europe <\/em><\/p>\n<p>Dans son processus de pr\u00e9paration du troisi\u00e8me forum mondial de Nyeleni, le forum qui, dans ses \u00e9ditions pr\u00e9c\u00e9dentes, se concentrait exclusivement sur la souverainet\u00e9 alimentaire, a conclu des alliances avec d&rsquo;autres mouvements et luttes afin de reconna\u00eetre l&rsquo;interd\u00e9pendance et la d\u00e9pendance entre les luttes, ainsi que pour amplifier les voix marginalis\u00e9es des agriculteurs et autres petits producteurs de subsistance durables que le forum de Nyeleni souhaite mettre sur le devant de la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&rsquo;interd\u00e9pendance, les liens entre les acteurs du Nord et du Sud sont reconnus et renforc\u00e9s, non seulement par l&#8217;empathie ou la recherche commune de la justice, mais aussi par les moyens remarquablement similaires qu&rsquo;ils mettent en \u0153uvre pour lutter contre les in\u00e9galit\u00e9s. Ces efforts refl\u00e8tent les luttes pour le droit de consid\u00e9rer les ressources essentielles comme des biens communs, et pour le droit de s&rsquo;engager dans l&rsquo;acte de mise en commun autour de ces ressources<\/p>\n<p><strong>Voir les choses comme un bien commun<\/strong><br \/>\nPour beaucoup d&rsquo;entre nous, le mot \u00ab bien commun \u00bb \u00e9voque des ressources naturelles comme la terre, et peut-\u00eatre des temps anciens o\u00f9 les roturiers, les la\u00efcs comme on appelait les paysans, \u00e9taient autoris\u00e9s \u00e0 utiliser le bien commun pour trouver du bois de chauffage, tandis que l&rsquo;enfermement de ces biens communs avec le d\u00e9but de la privatisation au 18e si\u00e8cle a mis fin \u00e0 cette pratique. Mais les biens communs peuvent en fait renvoyer \u00e0 bien d&rsquo;autres choses, en fait \u00e0 un changement de paradigme qui nous emm\u00e8ne dans la direction oppos\u00e9e au capitalisme.<\/p>\n<p>La regrett\u00e9e activiste et \u00e9crivaine Silke Helfrich, du groupe Commons Strategies, a propos\u00e9 une d\u00e9finition de travail des biens communs, qui sugg\u00e8re que les biens communs peuvent servir de lentilles \u00e0 l&rsquo;approche de l&rsquo;\u00e9conomie. De ce point de vue, les eaux de p\u00eache, la nourriture, le patrimoine g\u00e9n\u00e9tique, les coop\u00e9ratives, la langue, l&rsquo;oxyg\u00e8ne, l&rsquo;agriculture soutenue par la communaut\u00e9, les min\u00e9raux, la monnaie&#8230; tous ces \u00e9l\u00e9ments peuvent \u00eatre des biens communs, c&rsquo;est-\u00e0-dire des choses d\u00e9tenues en commun et coproduites de diff\u00e9rentes mani\u00e8res.<\/p>\n<p>On peut donc parler, par exemple, de biens communs \u00e9cologiques, sociaux et de r\u00e9seau. Les biens communs \u00e9cologiques, dont l&rsquo;oxyg\u00e8ne et l&rsquo;eau, sont la base de la vie, dont l&rsquo;existence est \u00e9rod\u00e9e par les processus de destruction et de privatisation. Les biens communs sociaux peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme le langage et les sentiments, le travail et l&rsquo;action en commun. Les biens communs de r\u00e9seau seront utilis\u00e9s pour faire r\u00e9f\u00e9rence aux diff\u00e9rentes technologies de l&rsquo;information qui ont connu un essor, les questions de la connaissance ouverte et de la source ouverte ayant \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur des d\u00e9bats. La coproduction est un concept central ici, bas\u00e9 sur des contributions volontaires \u00e0 un processus de production commun.<\/p>\n<p>La meilleure fa\u00e7on de comprendre les biens communs, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de for\u00eats ou d&rsquo;id\u00e9es, est de se r\u00e9f\u00e9rer aux pratiques sociales du commoning, un terme invent\u00e9 par l&rsquo;historien Peter Linebaugh. Il s&rsquo;agit du processus de coproduction, de co-gouvernance et de co-gestion par une communaut\u00e9 ou un r\u00e9seau de commoners d&rsquo;un bien commun, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de ressources naturelles ou d&rsquo;id\u00e9es, tout en incluant les principes de durabilit\u00e9, d&rsquo;\u00e9quit\u00e9 et de contr\u00f4le social des utilisateurs (comme c&rsquo;est souvent le cas, par exemple, dans le droit vernaculaire). Il n&rsquo;y a donc pas de biens communs sans commoning. Ainsi, consid\u00e9rer les choses comme des biens communs revient \u00e0 permettre des processus de d\u00e9mocratie directe autour d&rsquo;un bien commun, en vue d&rsquo;une distribution \u00e9quitable.<\/p>\n<p>Consid\u00e9rer les choses comme des biens communs dans la pratique signifie \u00e9galement clarifier les relations avec l&rsquo;\u00c9tat et le march\u00e9. Les biens communs peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme une valeur d&rsquo;usage cr\u00e9\u00e9e sans l&rsquo;interf\u00e9rence de l&rsquo;\u00c9tat ou du march\u00e9, ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit par Helfrich comme allant au-del\u00e0 de l&rsquo;\u00c9tat et du march\u00e9, m\u00eame si cela ne signifie pas n\u00e9cessairement sans l&rsquo;\u00c9tat et le march\u00e9. Il est donc important, lorsque l&rsquo;on consid\u00e8re les choses comme des biens communs, de faire la distinction entre les biens communs qui sont soutenus par les entreprises et dont elles profitent en fin de compte, et les biens communs qui sont le r\u00e9sultat du d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00e9conomie solidaire, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la mise en relation croissante d&rsquo;acteurs \u00e9conomiques dont les valeurs fondamentales sont autres que le profit mon\u00e9taire.<\/p>\n<p><strong>Consid\u00e9rer l&rsquo;alimentation comme un bien commun<\/strong><br \/>\nL&rsquo;alimentation est une question fondamentale \u00e0 laquelle il sera rapidement fait r\u00e9f\u00e9rence dans toute discussion sur les in\u00e9galit\u00e9s mondiales. L\u00e0 encore, le fait de consid\u00e9rer la nourriture comme un bien commun nous am\u00e8ne \u00e0 d\u00e9passer la notion d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 en tant que simple question de redistribution.<\/p>\n<p>Le fait de consid\u00e9rer la nourriture comme un bien commun et d&rsquo;en faire un objet de partage se retrouve dans le d\u00e9sir de souverainet\u00e9 alimentaire des pays du Sud et du Nord. Le concept de souverainet\u00e9 alimentaire a \u00e9t\u00e9 mis en avant par La Via Campesina en 1996, qui est aujourd&rsquo;hui sans doute le plus grand mouvement social au monde, puisqu&rsquo;il regroupe quelque 200 millions d&rsquo;organisations de petits agriculteurs, de travailleurs ruraux, de communaut\u00e9s de p\u00eacheurs, de sans-terre et de peuples indig\u00e8nes dans le monde entier.<\/p>\n<p>Comme l&rsquo;expliqueront les mouvements qui \u00e9crivent sur l&rsquo;histoire du concept, les politiques agricoles et les agro-industries se mondialisent, les paysans du Sud sont confront\u00e9s \u00e0 la concurrence des exportations bon march\u00e9 de l&rsquo;agriculture europ\u00e9enne et am\u00e9ricaine, hyper productive et fortement subventionn\u00e9e. Les petits agriculteurs du Sud avaient besoin de d\u00e9velopper une vision et une lutte communes pour se d\u00e9fendre et participer directement aux d\u00e9cisions qui affectaient leur vie. La souverainet\u00e9 alimentaire place les producteurs agricoles et les consommateurs au c\u0153ur du d\u00e9bat et veut soutenir tous les peuples dans leur droit \u00e0 produire leur propre nourriture, ind\u00e9pendamment des conditions du march\u00e9 international, et \u00e0 consommer des aliments locaux. La souverainet\u00e9 alimentaire est donc le droit de tous les peuples \u00e0 d\u00e9cider d\u00e9mocratiquement de la mani\u00e8re dont la nourriture est produite, distribu\u00e9e et consomm\u00e9e, ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 la notion de nourriture en tant que bien commun.<\/p>\n<p>Au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, les personnes travaillant dans le syst\u00e8me alimentaire du \u00ab Nord global \u00bb ont \u00e9galement pris conscience que la souverainet\u00e9 alimentaire les concernait aussi, face \u00e0 l&rsquo;expansion du mod\u00e8le agro-industriel de production alimentaire et au contr\u00f4le croissant des entreprises (institutions mondiales, OMC, etc.) sur de nombreux aspects du syst\u00e8me alimentaire.<\/p>\n<p>Comme le <a href=\"https:\/\/vimeo.com\/album\/2812610\/video\/97097405\">dit<\/a> Jukka Lassila (agriculteur de la <a href=\"http:\/\/www.omamaa.fi\/in-english\/\">coop\u00e9rative alimentaire Oma Maa<\/a>, Tuusula, Finlande), la souverainet\u00e9 alimentaire fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un changement de paradigme, \u00e0 un changement syst\u00e9mique : \u00ab\u00a0L&rsquo;alimentation est un \u00e9l\u00e9ment central de la soci\u00e9t\u00e9. La nourriture est avant tout ce qui nous unit tous. Et c&rsquo;est entre les mains de qui se trouve le contr\u00f4le de notre syst\u00e8me alimentaire, y compris bien s\u00fbr l&rsquo;eau, que se trouve le contr\u00f4le de la soci\u00e9t\u00e9. En d&rsquo;autres termes, les gens peuvent mieux gouverner leur propre vie si la nourriture (le syst\u00e8me alimentaire) est sous leur contr\u00f4le. En ce sens, tous les efforts d\u00e9ploy\u00e9s pour remettre la nourriture sous le contr\u00f4le des gens sont tr\u00e8s importants pour le d\u00e9veloppement de la soci\u00e9t\u00e9, et ce n&rsquo;est qu&rsquo;en s&rsquo;attaquant \u00e0 ce probl\u00e8me que nous pourrons changer notre soci\u00e9t\u00e9 pour qu&rsquo;elle soit plus juste et plus \u00e9quitable.<\/p>\n<p><strong>Travailler \u00e0 faire de l&rsquo;alimentation un bien commun &#8211; un outil puissant pour travailler \u00e0 un changement syst\u00e9mique : Cultivez votre propre nourriture ! <\/strong><br \/>\nIl est stimulant d&rsquo;ouvrir les yeux sur ce que cette citation signifie. Tout d&rsquo;abord, en changeant nos syst\u00e8mes de besoins fondamentaux &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire en changeant la production, la distribution et la consommation de nos besoins fondamentaux tels que la nourriture et l&rsquo;\u00e9nergie &#8211; nous pouvons d\u00e9velopper des voies vers des communaut\u00e9s et des soci\u00e9t\u00e9s plus socialement, \u00e9cologiquement meilleures et plus saines, au niveau local et mondial. Notre syst\u00e8me alimentaire est tellement omnipr\u00e9sent dans la soci\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;il est \u00e9vident qu&rsquo;en le modifiant, on change beaucoup de choses.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, et c&rsquo;est important, ce changement syst\u00e9mique dans la soci\u00e9t\u00e9 doit \u00eatre enracin\u00e9 dans les processus des personnes autour de leurs besoins quotidiens et ne doit pas \u00eatre captur\u00e9 ou laiss\u00e9 aux march\u00e9s financiers \u00e0 la recherche de profits, car ils ne tiennent pas leurs promesses. En d&rsquo;autres termes, changer les syst\u00e8mes de nos besoins fondamentaux tels que l&rsquo;alimentation et l&rsquo;\u00e9nergie peut conduire \u00e0 un changement syst\u00e9mique, SI et QUAND ces processus sont entre les mains des gens. Si et quand ils deviennent des biens communs.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, cela d\u00e9passe le cadre local. Bien que la souverainet\u00e9 alimentaire ne soit pas une approche unique, mais qu&rsquo;elle soit en fait sp\u00e9cifique aux personnes et aux lieux, et bien que les circonstances dans lesquelles les luttes pour la souverainet\u00e9 alimentaire semblent souvent diff\u00e9rer consid\u00e9rablement, ces luttes peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme engag\u00e9es ensemble et de mani\u00e8re interd\u00e9pendante pour le droit de voir les choses comme un bien commun, ce qui est donc en fin de compte \u00e9galement une lutte pour la justice. Il ne peut y avoir de souverainet\u00e9 alimentaire dans le Sud s&rsquo;il n&rsquo;y a pas de souverainet\u00e9 alimentaire dans le Nord. En d&rsquo;autres termes, c&rsquo;est la r\u00e9ponse que les agriculteurs ont donn\u00e9e en Inde \u00e0 Niklas Toivokainen lorsqu&rsquo;il leur a demand\u00e9 en 2013, apr\u00e8s avoir \u00e9cout\u00e9 leurs r\u00e9cits de grandes difficult\u00e9s, de suicides, ce que nous devrions faire en Europe, en Finlande : <a href=\"https:\/\/commons.fi\/2013\/01\/12\/kasvattakaa-oma-ruokanne\/\">Cultivez votre propre nourriture !<\/a><\/p>\n<p>L&rsquo;agriculture soutenue par la communaut\u00e9 (CSA) est un exemple de processus visant \u00e0 faire de l&rsquo;alimentation un bien commun. Dans une CSA, les membres s&rsquo;engagent \u00e0 partager les risques et les b\u00e9n\u00e9fices d&rsquo;une agriculture \u00e9cologique, \u00e0 s&rsquo;efforcer de produire des aliments durables sur le plan social (salaires importants pour l&rsquo;agriculteur) et \u00e9cologique. De cette mani\u00e8re, les agriculteurs et les familles forment un r\u00e9seau de soutien mutuel. Dans ce cadre g\u00e9n\u00e9ral, il peut y avoir de grandes variations quant \u00e0 l&rsquo;organisation, mais l&rsquo;ASC nous incite \u00e0 voir notre implication dans l&rsquo;alimentation, \u00e0 nous engager dans la mise en commun autour de nos biens communs alimentaires. Mais au-del\u00e0 de l&rsquo;exemple particulier de l&rsquo;ASC, le paradigme des biens communs nous fournit une base de r\u00e9flexion et de d\u00e9veloppement de notre critique des relations existantes dans une soci\u00e9t\u00e9 capitaliste.<\/p>\n<p><strong>Voir la monnaie comme un bien commun<\/strong><br \/>\nL&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 mondiale donnera \u00e9galement lieu \u00e0 des r\u00e9flexions sur la richesse et la pauvret\u00e9 en termes de richesse mon\u00e9taire. Les lentilles communes \u00e9clairent la question de la monnaie au-del\u00e0 de celle de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 produite par la redistribution.<\/p>\n<p>Comme ce n&rsquo;est plus un secret aujourd&rsquo;hui, et comme l&rsquo;a joliment r\u00e9sum\u00e9 Jem Bendell (professeur de leadership en durabilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Cumbria) lors de son intervention \u00e0 la conf\u00e9rence Commons \u00e0 Berlin en 2013, 97 % de l&rsquo;argent est cr\u00e9\u00e9 par les banques priv\u00e9es lorsqu&rsquo;elles nous accordent des pr\u00eats, et comme presque tout l&rsquo;argent est cr\u00e9\u00e9 par le biais d&rsquo;instruments qui n\u00e9cessitent un remboursement et des int\u00e9r\u00eats, il y a toujours plus de dettes que d&rsquo;argent. Les pr\u00eats sont accord\u00e9s pour servir l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique et, \u00e0 ce titre, un imp\u00e9ratif de croissance est cr\u00e9\u00e9 qui pr\u00e9tend qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire d&rsquo;exploiter (marchandiser) de plus en plus la vie, les ressources, pour rembourser les int\u00e9r\u00eats de la dette.<\/p>\n<p>Ce syst\u00e8me mon\u00e9taire bas\u00e9 sur la dette fa\u00e7onne \u00e9galement nos relations, en les fondant sur des notions de raret\u00e9 et de concurrence, tout en produisant des in\u00e9galit\u00e9s massives. \u00ab Nous pensons que la richesse est rare, que nous devons tous nous battre pour en obtenir une part, alors qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9, la richesse, c&rsquo;est nous \u00bb. Comme le dit Bendell, le syst\u00e8me mon\u00e9taire actuel, tel que nous le connaissons, repr\u00e9sente presque la disparition totale de notre capacit\u00e9 \u00e0 nous faire confiance. Pour parvenir \u00e0 une \u00e9conomie diff\u00e9rente dans laquelle les valeurs de durabilit\u00e9 sociale et \u00e9cologique sont d\u00e9terminantes, nous avons besoin de nouvelles formes d&rsquo;argent.<\/p>\n<p>Dans le d\u00e9bat sur la n\u00e9cessit\u00e9 de nouvelles formes d&rsquo;argent, une approche avance que dans une \u00e9conomie de biens communs allant au-del\u00e0 de la raret\u00e9 artificielle, l&rsquo;argent tel que nous le connaissons et les march\u00e9s n&rsquo;ont pas leur place, et promeut la d\u00e9mon\u00e9tisation. La question de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des \u00e9changes est contest\u00e9e, et si ce postulat constitue une bonne base pour envisager la coproduction et la stigmergie (auto-organisation), il soul\u00e8ve des questions quant \u00e0 la mani\u00e8re de mettre en place un processus inclusif.<\/p>\n<p>Une autre approche consiste \u00e0 red\u00e9finir la monnaie elle-m\u00eame comme un bien commun et pose la question centrale suivante : comment concevoir des monnaies qui favorisent les relations humaines ? L&rsquo;exp\u00e9rience du processus de d\u00e9veloppement autour de la <a href=\"https:\/\/stadinaikapankki.wordpress.com\/in-english\/\">Helsinki Timebank<\/a> (qui a connu une phase (de d\u00e9veloppement) tr\u00e8s active de 2009 \u00e0 2013, apr\u00e8s quoi son d\u00e9veloppement s&rsquo;est essouffl\u00e9 en raison de d\u00e9cisions fiscales) permet \u00e9galement d&rsquo;aborder un autre angle, \u00e0 savoir celui du d\u00e9veloppement d&rsquo;une monnaie et de la monnaie elle-m\u00eame en tant que processus et outil p\u00e9dagogique, rassemblant des personnes pour apprendre et s&rsquo;engager dans la mise en commun (dans le cas de la monnaie en tant que bien commun, la co-gouvernance et la prise en charge de la responsabilit\u00e9 de nos biens communs mon\u00e9taires). Dans le cas de la Helsinki Timebank, la communaut\u00e9 des utilisateurs a \u00e9labor\u00e9 une charte de principes qui d\u00e9finit, entre autres, les valeurs auxquelles doivent adh\u00e9rer les acteurs \u00e9conomiques qui rejoignent la banque de temps. Cela montre que lorsqu&rsquo;une monnaie est un bien commun, c&rsquo;est la communaut\u00e9 des utilisateurs qui fixe les r\u00e8gles en r\u00e9ponse \u00e0 la question suivante : \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce qui est encourag\u00e9 et facilit\u00e9 par une monnaie commune ? Qu&rsquo;est-ce qui est encourag\u00e9 et facilit\u00e9 par une monnaie ?<\/p>\n<p>Un excellent exemple concret d&rsquo;une monnaie compl\u00e9mentaire commune r\u00e9ussie, par exemple en Afrique, provient du travail de Will Ruddick et de ses camarades de l&rsquo;organisation Grassroots Economics, avec le Bangla Pesa, une monnaie compl\u00e9mentaire dans le bidonville bangladais de Mobasa, au Kenya. Cette monnaie a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e en 2013 et vise \u00e0 soutenir l \u00ab \u00e9conomie des quartiers informels en organisant les petites entreprises en r\u00e9seaux, dont les membres peuvent utiliser une monnaie communautaire pour faciliter les \u00e9changes. Les cr\u00e9dits sont \u00e9mis sous la forme de bons en papier pour le paiement de biens et de services.<br \/>\nLa monnaie en tant que bien commun, contrairement \u00e0 la marchandise qu&rsquo;elle est dans notre syst\u00e8me financier traditionnel qui produit beaucoup d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9s, peut venir construire des relations qui augmentent l \u00bb \u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Les<\/strong> <strong>initiatives de s\u00e9curit\u00e9 sociale alimentaire &#8211; s&rsquo;inspirer de l&rsquo;alimentation et de la monnaie en tant que biens communs<\/strong><br \/>\nLes exp\u00e9riences de s\u00e9curit\u00e9 sociale alimentaire actuellement en cours en Belgique, en France et \u00e0 Gen\u00e8ve s&rsquo;inspirent de mani\u00e8re int\u00e9ressante de l&rsquo;alimentation et de la monnaie en tant que biens communs. L&rsquo;id\u00e9e de base est que les citoyens sont invit\u00e9s \u00e0 se rassembler pour prendre en charge un processus politique dans lequel les ressources collectivement rassembl\u00e9es sont redistribu\u00e9es chaque mois en quantit\u00e9s \u00e9gales \u00e0 tous les participants, pour \u00eatre d\u00e9pens\u00e9es dans l&rsquo;achat de nourriture aupr\u00e8s de producteurs locaux durables. Les principes du processus &#8211; la collecte progressive des ressources en fonction des revenus et l&rsquo;utilisation des fonds &#8211; sont discut\u00e9s et d\u00e9termin\u00e9s par les participants. Le soutien d&rsquo;acteurs municipaux locaux, par exemple, peut \u00e9galement \u00eatre sollicit\u00e9 pour compl\u00e9ter le budget afin de ne pas faire peser sur les concitoyens la charge de subventionner les participants aux revenus les plus faibles. Dans le cadre du forum Nyleni, un s\u00e9minaire en ligne a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 sur les initiatives de s\u00e9curit\u00e9 sociale alimentaire, <a href=\"https:\/\/www.socioeco.org\/bdf_fiche-video-5941_en.html\">https:\/\/www.socioeco.org\/bdf_fiche-video-5941_en.html.<\/a><\/p>\n<p>Renforcer le droit de consid\u00e9rer les choses comme des biens communs, et donc le droit de les mettre en commun, signifie passer de la circulation des marchandises pour le capitalisme \u00e0 la circulation des biens communs pour un autre type de syst\u00e8me.<\/p>\n<p><em>Cet article a \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9 \u00e0 partir de sa publication originale dans <a href=\"https:\/\/perustelehti.fi\/yhteishyodykkeita-voi-nahda-kaikkialla\/\">Peruste Lehti, 24.4.2018<\/a> (en finnois).<\/em><\/p>\n<p><em>Photo de Sonja Siikanen.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article de Ruby van der Wekken, RIPESS Europe Dans son processus de pr\u00e9paration du troisi\u00e8me forum mondial de Nyeleni, le forum qui, dans ses \u00e9ditions pr\u00e9c\u00e9dentes, se concentrait exclusivement sur [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":26,"featured_media":340818,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","wds_primary_category":0,"footnotes":""},"categories":[94,8809,4396],"tags":[465,139],"class_list":["post-340744","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-home-fr","category-nouvelles","category-on-parle-de-less","tag-communs","tag-souverainete-alimentaire","et-has-post-format-content","et_post_format-et-post-format-standard"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ripess.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/340744","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ripess.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ripess.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ripess.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/26"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ripess.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=340744"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ripess.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/340744\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ripess.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/340818"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ripess.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=340744"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ripess.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=340744"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ripess.eu\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=340744"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}